LE PEUPLE DES ABEILLES

Éric Tourneret  photographe

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Repères biographiques

 

Né en 1965, Eric Tourneret a grandi dans un village près Annecy et vit pour l’instant à Saumur. Son enfance entre lac et montagnes le sensibilise à la beauté sauvage des milieux naturels. A 17 ans pendant son service militaire, il découvre l’Afrique, le voyage, le désert, la rencontre d’autres cultures et la photographie qu’il appréhende depuis comme un « outil à raconter » comme « un outil pour aller à la rencontre de l’autre.
Autodidacte, Eric Tourneret est initié à la photographie de studio, il côtoie alors des photographes de mode et publicités, des spécialistes de la lumière et de création visuelle. Puis il parcourt le monde pendant quinze ans pour la presse magazine (Figaro Magazine, Paris Match, Point de vue, VSD, Sciences et Avenirs, Géo…) Technicien, il change de style facilement et guidé par sa curiosité passe d’un sujet archéologique à une expédition botanique, d’un sujet de société comme les travestis au Pakistan, à la migration des papillons monarques. En 2003, il adopte définitivement la photo numérique pour la réalisation d’un livre de commande en décoration. Pour lui, la photo numérique est une libération, elle lui offre une souplesse d’utilisation et lui permet de se libérer des limites budgétaires pour aller visiter l’unique, l’accident magique qui arrive après 36 vues ou 4000 déclenchements. Depuis, avec l’émergence de la vidéographie, le multimédia devient réalité et Eric Tourneret prolonge son engagement en faveur de l’abeille et de diversité naturelle et humaine en expérimentant montages photographiques, vidéos et univers sonores.

 

 

 

Éric Tourneret


Pour les photographes apicoles…

 

J’ai utilisé pour mes images les boîtiers numériques CANON DS mark III et CANON D5 mark II, 24 millions de pixels.
Et les optiques CANON suivantes : 16-35 mm F2,8 ; 24-105 F4; 70-200mmF2,8 ; 100 mm F2,8macro ; 65mm MP F2,8 1-5x macro ; 50mm F 1,4. Et également des doubleurs, des bagues allonges, des bonnettes, des flashs Canon et Profoto. Mon matériel a évolué avec le temps et c’est vrai que les nouvelles fonctions vidéos ouvrent de nouveaux horizons à la création.

 

 

Questions - réponses

 

Pourquoi ce travail sur les abeilles ?
J’ai grandi dans un village à flanc de montagne, au-dessus d’Annecy. Quand j’ai découvert les mortalités d’abeilles, mon instinct d’enfant de la campagne m’a dit que quelque chose ne tournait plus rond dans notre rapport à la nature. J’ai choisi de m’engager pour les abeilles et pour transmettre l’idée d’une nature vivante.

 

De tous ces pays visités, quels sont vos meilleurs souvenirs ?
Mes meilleurs souvenirs sont plus liés aux gens qu’aux lieux, aux rencontres, au partage. J’ai adoré l’Argentine, que je ne connaissais pas et où j’ai été accueilli au sein d’une famille, où l’on ressent la solidarité de gens qui ont connu des périodes de richesse, mais aussi de misère. Au Népal, la ferveur des bouddhistes tournant autour des stupas me touche toujours énormément, comme me touchent l’organisation des villages des Raïs chez qui nous avons séjourné, et la dignité de leur silence… Ces gens qui vivent dans des conditions extrêmes ont toujours le sourire au bord des lèvres.

 

Quel est le principal apport de l’abeille à l’humanité ?
C’est la pollinisation de toutes les plantes à fleurs, fruits et légumes compris. Imaginez que les abeilles rendent chaque année un service gratuit vital à l’humanité, chiffré par l’Inra à quelque 155 milliards d’euros. Ce n’est pas coté à Wall Street, mais c’est énorme comparé au chiffre d’affaires d’une entreprise internationale comme Monsanto, qui est (seulement) d’un milliard de dollars US.

 

Est-il vrai que les abeilles disparaissent ?
Oui, dans beaucoup de pays, l’exportation de notre modèle agricole de paysan contribuable, propriétaire de centaines d’hectares, la monoculture intensive à l’aide d’engrais, de pesticides, d’herbicides et bientôt de plantes OGM, affaiblissent les colonies d’abeilles. Des déserts verts sans insectes apparaissent dans le monde entier.
Nous sommes dans une civilisation de l’extrême. Notre agriculture fonctionne au pétrole, elle est dépendante de subventions, et ce n’est certainement pas un modèle à exporter. De plus, elle génère des besoins énormes en irrigation, un non sens quand on sait que l’or de demain sera l’eau potable…

 

On dit que si l’abeille venait à s’éteindre, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre…
C’est une image, mais assurément, si toutes les abeilles disparaissaient, le monde tel qu’on le connaît serait en péril. Et le coût en vies humaines énorme… C’est un choix de civilisation. On peut continuer de détruire la terre tout en consacrant des milliards à la recherche pour coloniser l’espace. Mais pour le profit de qui ? C’est la question, et dans ce cas-là, mieux vaut oublier les droits de l’homme et même le concept de liberté individuelle.

 

Quelle qualité des abeilles vous a le plus touché ?
Le mode de vie collectif de cet insecte interroge sur nos propres modèles sociaux. Un apiculteur breton me disait que, si une colonie se trouve en disette, toute la nourriture sera partagée entre ses membres, jusqu'à la fin. Un bel exemple de solidarité. 

 

Vous travaillez depuis maintenant cinq ans sur les abeilles, comment faites-vous sans sponsors ?
C’est la question difficile. Depuis la sortie du livre « Le Peuple des abeilles », mes photos se sont vendues partout dans le monde. C’est, j’espère, le début d’une success story : je suis arrivé au bon moment avec le bon sujet. Mon travail est aujourd’hui régulièrement exposé en France - cet été au Festival Photo Peuple et Nature de la Gacilly, mais aussi dans de grandes villes comme Paris ou Lille, dans des Parcs Naturels, des bibliothèques et muséums d’histoire naturelle… Des musées étrangers me contactent et j’aurai bientôt une exposition permanente en Australie. Mon travail est devenu une référence photographique pour l’abeille.

 

Quel est votre miel préféré ?
Ah le miel… J’en ai dégusté partout en France et beaucoup dans le monde. Avec la diversité de nos terroirs, nous possédons en France une palette exceptionnelle de miels.
Les apiculteurs savent valoriser cette richesse en produisant des miels issus de fleurs spécifiques : lavande, thym, romarin, châtaignier, tilleul, acacia, bruyère, et même lierre. Mais pour moi, le miel reste lié à l’enfance et, d’où qu’ils soient, je suis toujours fan des miels de montagne !

 

Est-ce que vous vous êtes beaucoup fait piquer ?
C’est une question qui revient souvent… Demandez à un menuisier s’il se tape parfois sur les doigts ! Je travaille avec les mêmes protections que les apiculteurs, ce qui n’évite pas quelques piqûres… qui arrivent lorsque vous ne faites plus attention, ou que vous les ennuyez trop. Pour ce travail, je n’ai réellement eu que deux accidents, liés à des erreurs humaines, l’un au Népal, l’autre au Cameroun, qui m’ont valu chacun une quarantaine de piqûres…

 

Est-ce que vous craignez les abeilles maintenant ?
Je dirais plutôt que je les aime de plus en plus. Récemment, je suis monté sur les toits de New York pour y rencontrer les apiculteurs qui posent des ruches malgré l’interdiction de la ville. C’était étonnant : ils élèvent des abeilles de souche italienne, et je ne me suis jamais protégé. J’ai même pris des images d’enfants de maternelle qui découvraient les abeilles sans aucune protection…À se demander si ce n’est pas la peur qui déclenche la piqûre…

 

Quels conseils donneriez-vous pour protéger les abeilles ?
Chacun peut y contribuer en consommant le miel des apiculteurs français. Pour les personnes qui ont un jardin, planter des fleurs et des arbres mellifères, mettre en place un talus, une haie et préférer des méthodes et produits naturels pour lutter contre les insectes et les parasites. Et pour ceux qui veulent renouer avec une tradition pas si ancienne, mettre une ruche dans un coin de son jardin !